Anys Mezzaour - L'écrivain de l'espoir

Attablées dans un café d’Alger centre, nous attendons notre rendez vous de l’après midi. Alors que nous nous lançons dans un débat exalté à propos du multiculturalisme en Algérie, une voix interrompt soudain notre élan: « C’est vous EKTEB? ». Souriant, Anys Mezzaour se tient devant nous. On l’invite à notre table et rapidement, tout naturellement, la discussion est lancée. Anys nous met à l’aise. Après tout, le jeune écrivain est de notre génération et issu d’un milieu qui nous est familier.

Agé d’à peine 22 ans, Anys Mezzaour a plus d’une corde à son arc. A 16 ans, il publie son premier roman, le premier tome issu de sa trilogie Les liens des temps. Dans les trois années suivantes, il publiera les deuxième et troisième tomes de la trilogie fantastique. Lycéen au lycée Cheikh Bouamama (ex Descartes), il poursuit ses études supérieures en relations internationales à Lyon, en France.

Anys Mezzaour, la passion des mots 

A 22 ans, Anys a déjà publié quatre romans. Il nous confie que l’écriture a constitué, à ses débuts, un moyen de laisser libre cours à son imagination débordante. Son voyage au pays des mots commence à ses onze ans, âge auquel il réalise que ses écrits forment une histoire qui peut être publiée. Son jeune âge ainsi que ses influences littéraires le mènent assez naturellement à se rattacher au genre du fantastique. Pour lui, la littérature c’est transmettre des émotions à travers un support le plus esthétiquement beau. Son choix s’est instinctivement porté sur le roman. 

A l’âge de 16 ans, il devient le plus jeune auteur algérien. Cela constitue une révolution dans le paysage littéraire algérien puisque ce titre était alors détenu par un écrivain de 29 ans. Convaincu que l’écriture est accessible à tous, il s’engage rapidement auprès de jeunes qu’il encourage à se lancer dans l’écriture.

A l’approche de la vingtaine et après la publication du dernier tome de sa trilogie, de nouvelles préoccupations, de nouvelles références et de nouvelles perspectives forgent un nouvel environnement littéraire pour Anys. Il découvre des auteurs comme Nietzsche, Sartre et Camus. « Mon auteur préféré, celui avec qui j’adore être en désaccord, c’est Camus. Je le lis tout le temps pour m’imprégner de ses idées. Très généralement je ne suis pas d’accord avec lui mais il le dit avec une telle manière et il a des arguments tellement pertinents que j’ai l’impression de débattre avec lui ». Ce désaccord se concentre principalement sur sa conception de l’existence. Se rapprochant plus des idées existentialistes, Anys est profondément convaincu que chacun peut modeler sa vie et décider de son devenir. Pour lui, se contenter d’apprécier le moment présent sans se projeter, ni espérer, ni même rêver mène vers une stagnation. « C’est du fatalisme, moi je suis un écrivain de l’espoir ».

Son quatrième roman Entendu dans le silence est en rupture avec ses écrits précédents et s’inscrit dans le genre du drame social. Honnête et décidé à écrire sur ce qu’il connait, l’intrigue prend place dans une Algérie réelle et contemporaine. Cette intrigue a été façonnée et influencée par deux voyages marquants et des rencontres importantes. Le premier en Hongrie et le second en Tunisie. « J’ai fait des rencontres avec des personnes qui m’ont fait voir les choses de façon différente. En rentrant de Tunisie je me suis dit qu’il fallait que je change l’intrigue, il y’avait des sujets que je voulais aborder et que je n’abordais pas et ça a donné lieu à  Entendu dans le silence. »

« Avant je disais que la fantaisie n’était pas l’apanage de la littérature de jeunesse et qu’on pouvait l’apprécier à tout âge, je ne suis plus si d’accord que ça avec moi même. Mon lectorat avait mon âge voir moins, mais mes centres d’intérêts ont évolué avec le temps. Je ne voulais plus véhiculer les mêmes idées. Même si c’était de la fantaisie sérieuse car j’abordais des thèmes comme la résistance le terrorisme, la raison d’état, l’amour etc… La forme de la fantaisie faisait que je n’étais pas si pris au sérieux que ça et moi même je ne me prenais pas au sérieux »

Anys est écrivain d’expression française. Il ne s’en cache pas, le français est sa langue maternelle au même titre que la darija. « On la parle à la maison, j’ai toujours vu les films et les dessins animés en français, j’ai étudié en français, j’ai fait mes études supérieures en français »

Au regard de la polémique récente concernant le remplacement du français par l’anglais à l’université, nous nous empressons de lui demander ce qu’il en pense : « A mon avis, ça n’a aucun sens d’introduire l’anglais. On n’a aucune histoire avec l’anglais, ce n’est pas parce que c’est la langue la plus utilisée dans les études qu’il faut l’adopter dans notre système. A la rigueur qu’elle soit une langue enseignée, oui, il faut un très bon niveau d’anglais, mais pas qu’elle soit une langue d’enseignement. Si dans 30 ans c’est le mandarin qui devient la langue hégémonique, faudra-t-il apprendre le mandarin dans les universités algériennes? Ensuite le Hindi? On a une histoire avec le français qu’on le veuille ou non. Tachons de nous approprier cette histoire et de faire en sorte qu’on ait un bon niveau dans pleins de langues. Il faut enseigner les langues, mais en langue d’enseignement pour moi il y’a l’arabe, le français, si on pouvait développer le Tamazight aussi mais c’est tout. Si on peut unifier tout ça sur le prisme de darija ça serait parfait! »

Partir pour mieux se retrouver … 

Sa relation avec l’Algérie, le jeune écrivain la décrit comme étant tumultueuse. A 17 ans, comme une grande partie des algériens à cet âge, partir semble être la seule option envisageable. Persuadé qu’il n’y a pas d’avenir en Algérie et que ses compétences ne seraient jamais reconnues, il quitte sa terre natale pensant ne jamais revenir durablement. Cette idée, il la gardera pendant 3 années. Très vite intégré, Anys ne ressent pas le mal du pays, mais petit à petit, une réflexion pointe et le pousse à remettre en question ses choix. 


« Je me disais ‘tu es entrain de faire des efforts pour te faire accepter, tu es entrain de faire des efforts pour t’intégrer, ce n’est pas naturel, tu n’es pas dans ton milieu naturel, tu n’es pas dans la société à laquelle tu appartiens naturellement’ et donc petit à petit j’ai pris conscience que je pouvais ne faire que des études [à l’étranger], puis retourner en Algérie ». 

Il nous confie que c’est en étant loin du pays que se sont renforcés ses liens avec l’Algérie : « Mon identité algérienne a commencé à se forger dans cet ailleurs. C’est quand elle est attaquée que l’identité s’exprime le plus. C’est quand on est loin qu’on s’intéresse au près ».  Il envisage alors de poursuivre ses études en relations internationales afin de pouvoir à terme devenir diplomate et porter la voix de l’Algérie. «  C’est à partir de là que s’est construit cet amour intense pour mes retrouvailles avec l’Algérie. C’est là où je me suis dit, hors de questions de vivre à l’étranger ». 

Finalement, sa vie en France a été une parenthèse dont il a su profiter pour acquérir des compétences. La fuite des cerveaux, l’un des plus grands maux dont l’Algérie soufre, Anys a refusé d’y prendre part. « Je ne peux pas  dire ‘les autres peuvent le faire ça ne me regarde pas’. Ça me regarde au plus haut point, je me sens impliqué dans chaque chose qui se passe, dans chaque tragédie, dans chaque rumeur. Que ce soit à Tamanrasset, Oran ou Alger. Ça me concerne car je suis algérien. » 

« Algérie tu es belle comme un 22 février » 

La révolution du 22 février, le jeune écrivain l’attend depuis 2015. Prédisant chaque année une révolution, Anys se base sur la loi des finances, toutes aussi catastrophiques les unes que les autres. Il commence à perdre espoir en 2018 lorsque rien ne se passe en dépit de la mise en place de la « politique de l’austérité ». 

A la fin de cette même année il décroche un stage dans une ambassade à Alger. C’est alors qu’il effectue son stage que la lettre de candidature de Bouteflika est dévoilée. « C’était le 11 février au soir » se remémore t-il, « je l’ai ressenti comme une humiliation ». Deux jours plus tard, l’humiliation continue lors du premier meeting organisé à la coupole. Angoisse et doute quant à l’avenir du pays le gagnent rapidement. Dans les jours qui suivent, des rumeurs arrivent à ses oreilles. On parle d’une manifestation d’islamistes et de conservateurs anti-progressistes prévue le 22 février. Intrigué et curieux, il s’y rend avec un ami. C’est sa première manifestation en Algérie. 

D’abord en retrait, Anys assiste à la naissance de la manifestation. Il voit les gens arriver de plus en plus nombreux, descendre des bus, drapeaux à la main, et les policiers, matraques attachées, bouclier au sol, en attente.  « A un moment il n’y avait plus de place, les gens ont commencé à marcher, ils forcent le cordon de policier et là c’est comme ci qu’avec le forcing de ce cordon, on avait enlevé le sifflet d’une cocote minute, le sifflet c’est le cordon et la cocote minute c’est tout le pays ». 

En entendant les gens scander «  makach elkhamsa ya Bouteflika », il réalise que ce n’est pas une manifestation d’islamistes et que quelque chose d’énorme est en train de se produire.  Il se joint à la foule jusqu’au parlement et les slogans se multiplient évoquant à la suite, les harragas, le FLN, le 5e mandat… « Là je me suis dit c’est parti pour quelque chose qui ne va pas s’arrêter ». La veille du 2ème vendredi, il publie une tribune dans le journal Jeune Afrique, qui aura pour titre la fameuse phrase «Algérie tu es belle comme un 22 février ». 

Pour Anys, l’existence même du 22 février repose sur les supporters du stade!  « Si un jour il faut décorer des personnes ce sont eux. Ils sont à l’origine même de l’idée de sortir, des slogans et de la radicalité ». 

La plus grosse erreur du système selon lui? Laisser prospérer les slogans dans les stades. Utilisant habituellement les stades comme une soupape de sécurité, le gouvernement pensait canaliser le peuple. Ce paramètre est spécifiquement ce qui distingue la révolution du 22 février de celle de 2011. « En 2011, il y’avait eu une contagion des printemps arabes mais à la différence de la Tunisie ou de l’Egypte, les manifestations en Algérie étaient sectorielles, et chaque secteur a été contenté chacun à son tour. Pour un mouvement unifié il faut une convergence des luttes et les revendications économiques ne peuvent pas unir. Pour la convergence des luttes il faut un défaut qui dérange tout le monde, en l’occurrence c’était le 5e mandat. Du banquier au chômeur en passant par la femme au foyer, l’étudiant, l’intellectuel, le paysan… tout le monde s’est senti humilié. Une conscience politique intense est née de la résilience de ces 20 dernières années qui n’ont fait que couver. En fait c’était une période d’incubation. »

Aujourd’hui, Anys admet que le mouvement s’essouffle un peu, en quantité mais pas en qualité. Être dans la manifestation permet de prendre conscience que les revendications principales sont unanimes, contrairement à ce qui ressort des réseaux sociaux.  Justice indépendante, fin de la corruption, fin de la fraude électorale sont les revendications majeures. 

Anys est catégorique, le plus grand souci est la structure du système. Les arrestations des hauts responsables ne suffisent pas. Remplacer Ouyahia par Bedoui et Bouteflika par Bensalah ne change rien. Le pouvoir donné à la fonction fait que chaque personne qui occupera cette fonction sera tentée d’abuser du pouvoir, et ce à cause de l’absence de contre pouvoir : médias, indépendance de la justice, referendum révocatoire…

Avec l’arrivée de la rentrée, les choses pressent. L’entame d’une solution est nécessaire. Celle ci devrait entrainer le départ de Bedoui et de Bensalah comme symbole, la libération des détenus d’opinion, la mise en place d’une instance de contrôle des élections indépendante qui adopte seule son règlement, la constitution d’un gouvernement de compétence réellement chargé de l’expédition des affaires courante, et la convocation d’une assemblée législative constituante.

Anys Mezzaour président : plaisanterie ou réel projet ?

Anys semble avoir une feuille de route de sortie de crise ficelée et pour cause, il plaisante souvent sur sa volonté de devenir président! Curieuses et avides d’en savoir plus, nous lui demandons en plaisantant « Anys Mezzaour président, ça donnerait quoi? ». 

Après un léger rire, il reprend son sérieux « Depuis plusieurs années j’essaye d’avoir un programme en tête » nous confie t-il. Ce programme s’organise autour de plusieurs chantiers, certains plus urgents que d’autres,  notamment la réforme économique, l’ouverture des marchés aux investisseurs étrangers, la stabilisation de la monnaie avec une politique monétaire efficace et enfin profiter de notre situation géographique afin de créer une profondeur stratégique vers l’Afrique en exportant.

D’autres réformes, à moyen ou long terme, devront être soumise à débat afin d’avoir une image plus nette de la société algérienne, mesurer l’étendue du conservatisme, les avancée sur les droits des femmes… C’est une révolution c’est le moment de casser tous les codes. C’est le moment de débattre de tout : identité, islam, langues, droit des femmes, droit des personnes qui s’identifient à d’autres genres et qui ont d’autres orientations sexuelle que hétérosexuelle etc… C’est le moment d’ouvrir tous ces débat, tout en faisant attention à ne pas « braquer la société ».

La société algérienne, entre progrès et retard 

Débattre. Ne pas braquer la société. Tels semblent être les mots d’ordre.

Par rapport, aux 50 dernières années, des avancées sont effectivement notables, notamment en ce qui concerne la mixité, les sorties, la vie de la jeunesse etc… Pour Anys, c’est justement dans ces domaines que l’état doit intervenir pour limiter au maximum les atteintes aux libertés et encadrer la société vers le progrès. 

Il reprend d’ailleurs une citation de Pierre Elliott Trudeau prononcée à l’occasion de la dépénalisation de l’homosexualité au Canada « L’état n’a pas vocation à entrer dans les chambres à coucher ». Anys constate avec amertume que l’algérien se mêle encore beaucoup trop des affaires des autres. Ces pratiques sont encouragées par l’état et notamment par les policiers qui n’hésitent pas à faire preuve d’excès de zèle dans leur mission de protéger les citoyens. 

«  Aujourd’hui, une fille en voiture avec un garçon peut se faire arrêter,  le policier peut demander le livret de famille, légalement,  ils n’ont aucun droit de faire ça. Des textes de loi doivent apparaitre et provoquer ce changement, l’accélérer. » 

Quant à la place de la femme dans la société algérienne, la priorité va d’après lui à l’abrogation du code de la famille. « Il ne doit pas y avoir de code de la famille. Il doit y avoir un code civil qui établit les modalités de succession, d’héritage, de mariage et de divorce mais ça s’arrête la. L’état n’a pas à dire que telle femme n’a pas le droit de se marier avec un étranger. Au nom de quoi l’état, un ministre, le maire, un représentant de la force publique interdit à une femme d’épouser qui elle veut? » 

Cependant, le changement doit être prudent. Il est indispensable de passer par un discours pédagogique et être le plus diplomate possible. « Tout le monde aspire a plus de liberté mais l’algérien a peur que cela mène au chao et qu’on perde notre identité. Il faut expliquer que le but de toute réforme est de tendre le plus possible vers la liberté. Quand je donne la liberté à l’un de faire ce qu’il veut je n’enlève rien à l’autre. Notre identité est faite de comment chacun vit son identité. C’est ça qui construit notre identité collective et on ne pourra jamais la perdre, elle va seulement changer et s’adapter à notre évolution commune » 

N’hésitant pas à se définir comme féministe, le jeune auteur souhaite d’abord mettre fin à tous les préjugés dont est affublée la notion de féminisme. Il déplore que souvent le féminisme renvoie dans les esprits à une société de débauche, la fragmentation du pays et l’asservissement des hommes aux femmes.

« C’est pas du tout ça! Le féminisme c’est juste de dire « la femme est l’égale de l’homme » elle doit avoir les mêmes devoirs et les mêmes droits, ni plus ni moins ».  

Aujourd’hui, elle en a moins et la femme a internalisé cette autocensure. L’argument souvent opposé est que l’homme et la femme ne sont pas semblables, dès lors, ils ne peuvent être égaux. A cet argument, Anys répond simplement «  1 + 4 = 5 mais 3 + 2 est aussi égale à 5. Or, ni 3 ni 4 ni 2 ni 1 ne sont égaux entre eux.  L’égalité réside dans l’objectif. La femme et l’homme sont différents en soi mais au final cette différence ne doit pas fonder d’inégalité ». 

Pour lui, il est nécessaire d’avoir un féminisme local. Et pour cela, quoi de mieux que de se référer à notre histoire. Il évoque notamment la Kahina, reine berbère, qui à un moment de notre histoire, a dirigé des hommes, a dirigé un état et une révolution. 

Un féminisme à l’Algérienne, Anys porte ce combat fièrement ! Il nous raconte d’ailleurs que le vendredi qui a suivi l’agression du carré féministe, il les a rejoints et a scandé les mêmes slogans qu’elles. « Il faut expliquer qu’on peut être homme et féministe. » 

L’Algérie de demain, entre rêves et espoirs

Plein d’espoir, Anys est convaincu que l’Algérie des prochaines années ne peut être que bien meilleure que celle des 57 dernières années. Le moteur de cette amélioration? Sa jeunesse qui s’investit et l’accumulation des efforts de chacun. 

« Tout est à reconstruire, on a besoin de bras, de cerveaux, de volonté, de moyens. Il faut revenir, il faut investir il faut s’investir pour ceux qui ont des idées et l’énergie. Ce n’est qu’avec l’additions des  bonnes volontés de chacun qu’on aura une bonne volonté générale. »

Pour lui, la jeunesse doit y occuper une place prépondérante, et pour garantir cela, il est nécessaire d’abaisser l’âge d’électorat. La politique ne doit plus être l’apanage des plus âgés, les jeunes doivent participer à la vie politique. 

« C’est eux qui ont les idées, ce n’est pas un homme de 80 ans qui va nous dire comment sera l’Algérie de demain, il peut nous conseiller pour ne pas refaire les mêmes erreurs mais il ne peut nous dire comment nous devons faire. »

Anys en est persuadé. Nous aboutirons petit à petit vers une démocratie pleine et entière, vers une république des compétences et vers une ouverture à notre identité plurielle. 

« L’Algérie est arabe, mais aussi berbère, musulmane ou encore chrétienne, juive, athée, l’Algérie est méditerranéenne, elle est aussi africaine, on a une identité qui est fragmentée et qu’il s’agira d’unifier tout en gardant les particularités.  Tout ça, ça va se faire contre l’avis de tous ceux qui nous prédisent des lendemains malheureux, un choc éco, une faillite…
L’Algérie a connu bien pire que ce qu’on nous prédit, elle a connu des crise économiques, des faillites, 10 ans de terrorisme, 132 ans de colonisation, une guerre de 7 ans de libération qui a décimé le pays et l’Algérie existe toujours ».

L’Algérie est toujours là et elle est bien partie pour rester. Après ces paroles pleine de conviction, d’espérance et d’optimisme. Le visage du jeune auteur s’assombrit. C’est avec beaucoup d’amertume qu’il finit par évoquer le phénomène de la Harga. « Tache noire de ces 20 dernières années », la harga est le plus gros défi auquel l’Algérie de demain est confrontée. 

« Pour moi c’est la tragédie fondamentale du règne de Bouteflika. Pousser les gens à perdre espoir, à n’avoir rien, ni logement, ni famille, ni travail, ni argent, ni perspective pendant 20 ans et les pousser à prendre une barque à 50 pour aller vers des pays qui n’en veulent pas, ça relève d’un degré de monstruosité que rien ne pourra effacer.. On se dit on va en Europe, on va vivre la belle vie, mais on ne vit pas la belle vie là bas, on n’est pas chez nous, ce n’est pas notre pays, ce n’est pas notre culture, ce n’est pas notre peuple, ce n’est pas notre langue. Même si on parle français on ne parle pas le même langage. Il faudra le commémorer pendant des années comme une tragédie énorme. » 

Anys poursuit « Si un jour on arrive à arrêter ce phénomène et au contraire à faire en sorte que les gens veulent venir chez nous, alors on aura réussi. Beaucoup de nos voisins africains, sub-sahariens viennent chez nous, il y a eu beaucoup de cas de maltraitante, de racisme et il faudra beaucoup travailler sur ça mais si un jour on réussi à être cette étoile qui brille au sommet de l’Afrique on aura tout réussi. Et je pense qu’on y arrivera, Peut être pas demain, ni après demain, pas en 2019, pas en 2020 non plus, mais pourquoi pas en 2021 ? Si on lance les chantiers maintenant. » 

Cette Nouvelle Algérie qu’on espère tous voir naitre, Anys veut y participer. Lucide, il nous explique qu’en 4 mois le pays n’a pas changé, la société n’a pas changée et la mentalité générale n’a pas changée non plus. Ce qui a changé c’est la perception qu’on a de notre horizon. On se dit « tiens ça peut évoluer, quelque chose s’est enclenché, quelque chose qui peut aboutir. » Et après tout, peut être est ce le plus important… 

La rencontre tire déjà à sa fin et pour conclure, la question habituelle :  l’Algérie en un mot ? Anys répond sans hésitation « Révolution! de tout temps et pour toujours. On a fait je ne sais combien de révolution. C’est un pays où se créent des idées nouvelles tout le temps et c’est un pays qui n’accepte jamais l’oppression. »

C’est avec ces mots que l’on clôt l’entrevue, non sans une certaine frustration tant Anys est une personne passionnante qui peut parler de tout avec une grande clairvoyance! Jeune, dynamique, engagé, il est la preuve que l’Algérie a su enfanter une relève à sa hauteur. Une jeunesse qui contre toute attente a fait le choix de revenir, pour participer à l’édification d’une Algérie à jamais « belle comme un 22 février ».